Les sept commandements de la collaboration artiste-enseignant

       

 

L’observation sur le terrain de certains projets a permis de mettre au jour une dynamique à l’œuvre entre le groupe d’élèves, l’enseignant et l’intervenant. Cette dynamique est riche et complexe, et fonctionne plus ou moins bien. Nous avons pensé que le rappel de certains éléments simples pourrait contribuer à améliorer ce réseau d’échanges. Ces remarques recouvrent plusieurs dimensions : la pédagogie du projet, sa dimension artistique mais aussi une certaine « éthique ». L’ «éthique» est ce que l’on pourrait définir comme la dynamique de la posture choisie par l’enseignant et l’artiste comme médiation entre l’objet artistique fabriqué et l’élève. La notion de médiation est en effet importante sur un projet au croisement de l’art et du pédagogique : l’objet à fabriquer (film, installation vidéo,…) a besoin de l’aide et de la présence de l’artiste et de l'enseignant. Ainsi nous souhaitons rappeler ici certains points:

-Il n’y a pas d’obligation de résultat : ce qui compte est l’expérience artistique partagée avec la classe. Non, le film réalisé n’ira pas au festival de Cannes et ce n’est pas le but ;-) ! Si le son n’est pas nickel, la caméra bouge, ce n’est pas grave. Les élèves doivent expérimenter, essayer, se tromper aussi. Les projets CAC sont appelés "Parcours" et il faut prendre le mot au sens d'une aventure pédagogique à vivre ensemble.

-Cela implique aussi qu’il s’agit du projet d’élèves et d’une classe, accompagnés par un artiste.

-Essayer de mobiliser les élèves est central : réfléchir à une organisation par petits groupes pour l'étape d'écriture,  en amont du tournage sur les différents postes, penser à interroger la responsabilité individuelle d’un élève au sein d’un groupe sont des points importants.

-La dimension socialisante des projets est importante, il ne faut pas la négliger. Au sein d'un projet, une classe ou un élève peut  trouver une place différente de celle qu’ils  ont  au collège.

-L’intervenant doit trouver un compromis entre le fait d’être un médiateur actif (aider les élèves à corriger un cadre, à refaire un son qui n’est pas satisfaisant par ex.) et un médiateur passif : laisser un cadre, un son en l’état, laisser un élève chercher voire se tromper.

-Cette posture s’inscrit dans l’"éthique" dont nous parlions plus haut. Projet à la fois individuel et collectif, un projet artistique essaie de mobiliser l’individualité d’un élève et sa place dans le groupe. La mobilisation individuelle de l’élève face à une décision technique est importante. Il peut aussi avoir une tâche à accomplir en groupe. Quoi qu’il en soit, il y a une responsabilité sensible en jeu. Ici, l’intervenant guide, accompagne, ou tranche, mais une interaction en mouvement est en jeu, il faut essayer de ne pas figer les choses.

-Cette « éthique » va de pair avec la dimension pédagogique qui est présente dans un projet d’atelier artistique scolaire. Expliquer, corriger, regarder, refaire, avancer, discuter, écouter sont des actions importantes sur un projet. La qualité de la relation entre l’enseignant et l’artiste est primordiale : le prof connaît la classe et peut échanger des informations importantes sur les élèves. De son côté, l’intervenant essaie de présenter et d’expliciter les séances et leurs enjeux pour en éclairer le sens auprès des élèves : définition et fonctions d’un plan, d’une prise, place d’un projecteur, prise en main d’une caméra, fonction et effet d’un mouvement de caméra. Un jeune aura vécu à la fois une expérience de cinéma et une expérience pédagogique. Nous pensons que si une pédagogie est à l’œuvre sur un projet un élève sera davantage critique et autonome sur un projet et comme individu.