M (Madeira) de Jacques Perconte

Réalisation : Jacques Perconte - Production : Too Many Cowboys – Vidéo-art – 31min

À un peu plus de 600 km au large des côtes de l’Afrique, Madère surgit de l’océan. C’est le sommet d’un ancien volcan, immense. Nous découvrons la côte en explorateurs, nous pénétrons la forêt primaire et traversons ses millions de couleurs au creux de vallées baignées de lumières magiques. Les hommes, sur l’autre versant, travaillent la terre. Ils essaient d’en exploiter la richesse. Ils sont pris dans la matière et le vent les efface peu à peu.

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ENTRETIEN AVEC JACQUES PERCONTE / A bras le corps 

 

Textes

"(...)

M (Madeira). Une île, quelque part, au milieu de l’océan. Rocher volcanique battu par les marées et les vents atlantiques. Dans diverses programmations, dont le passionnant focus qui lui était consacré l’année dernière dans le cadre du festival Côté court, Jacques Perconte a montré des œuvres issues du même matériau filmique. On pense notamment à Chuva, cette expérience envoutante d’une pluie tropicale des falaises abruptes au large de l’océan. Ce nouvel opus, présenté en avant-première au ciné 104, se laisse guider par le désir d’embrasser l’ile dans un voyage imaginaire qui la traverse, empruntant des vallées ombrageuses au cœur de la forêt primaire.

Le travail minutieux et patient des compressions qui abiment la matière vidéo se déploie de manière diffuse, dans les interstices et à travers les feuillages luxuriants. Il opère par irrigation organique et contagion. La traversée des strates de l’image s’organise, non pas selon de lignes de fuite qui nous entrainent dans les profondeur d’un paysage en fusion, à l’instar d’Après le feu, non plus selon des rythmes internes des masses géologiques, en dislocations, ruptures tectoniques, coulées massives et crevasses, comme dans Alpi, non plus dans de doux glissements, régis par une dérive contrôlée qui enclenche un vortex irrésistibles au cœur de plans à la fois denses et vaporeux, à l’instar des films génératifs du Marais Poitevin. Nous sommes plus proches d’une œuvre comme Arvore da vida montrée l’an dernier dans une projection inédite au Collège des Bernardins. On sent, avec M (Madeira) le pouls de la vie qui irrigue l’image. L’artiste est attentif aux frémissements du paysage, privilégie le flottement et les persistances rétiniennes. Une succession rapide de plans de cimes, de nuages ou de vagues nous fait définitivement perdre pied. Le film creuse le sillon d’une très inspirée chorégraphie des éléments. L’apparition de l’humain finit par installer durablement une étrange sensation de simultanéité, de suspension de la succession – passé, présent, futur cohabitent dans l’image qui accueille dans sa texture même multiples strates d’une temporalité en train de se dissoudre. Les silhouettes se fondent dans la matière numérique du paysage. Des jeux d’échelles surprenants conduisent à la danse fantasmatique d’un homme avec lui même dans une temporalité diffractée, avant que la terre rouge qu’il laboure ne finisse par le ravaler. M (Madeira), rocher perdu au milieu de l’océan, s’offre à nos sens, matière travaillée par la vie qui se décompose et se recompose inéluctablement."

(Smaranda Trifan pour A bras le corps)

 

Sélections

Festival Côté Court, Pantin, 2014
Vidéoformes, Clermont-Ferrand, 2015
Rencontres Européennes du moyen métrage de Brive, 2015
Festival des cinémas différents de Paris, 2015
Festival les Inattendus, Lyon 2015

 

extrait